La question revient sur tous les forums d’investisseurs : le crowdfunding immobilier est-il mort ? Non — mais le secteur traverse sa crise la plus sévère depuis sa création. Koregraf en liquidation, WeShareBonds fermé, taux de défaut à 18,64%… Voici les chiffres réels et ce que ça signifie pour votre argent.
Le crowdfunding immobilier en 2026 : ni mort, ni en pleine santé
La question circule de plus en plus sur les forums d’investisseurs : le crowdfunding immobilier est-il mort ? La réponse courte est non. Mais le secteur traverse sa crise la plus sévère depuis sa création, avec une contraction des volumes, une explosion des retards et deux faillites majeures de plateformes en 2024-2025.
Si vous avez de l’argent immobilisé sur une plateforme ou si vous envisagez d’investir, voici tout ce que vous devez savoir.
Les chiffres clés du secteur en 2025-2026
Le baromètre Forvis Mazars 2025 dresse un tableau sans ambiguïté :
| Indicateur | Valeur 2025 |
|---|---|
| Collecte immobilière | 845 M€ (2e année de recul) |
| Variation vs 2024 | -8,2% |
| Projets financés | 1 004 projets |
| Taux de retard > 6 mois (S1 2025) | 20 à 25% du nominal financé |
| Projets en procédure collective | 10 à 15% des dossiers |
| Taux de défaut global (AMF, 2025) | 18,64% (vs 14,44% en 2024) |
| Pertes définitives (capital irrécouvrable) | 4 à 6% selon les millésimes |
| Rendement moyen brut (projets remboursés) | 10 à 11% |
En clair : 1 projet sur 5 est en retard significatif, et près de 1 sur 7 est en procédure collective. Ce n’est pas rien. Mais les projets qui se remboursent normalement délivrent encore des rendements attractifs (10-11% brut, soit 5,5 à 8,2% net après PFU).
Pourquoi le secteur est en crise
1. Le retournement du marché immobilier
Les ventes en VEFA ont chuté de 30% en 2023-2024. Résultat : les promoteurs ne vendent plus leurs appartements sur plan, les chantiers s’enlisent, et les remboursements aux investisseurs ne peuvent pas se faire à temps. La mécanique du crowdfunding — investissement court terme, remboursement à la livraison — est cassée quand les livraisons n’ont plus lieu.
2. La hausse des taux d’intérêt
La remontée brutale des taux entre 2022 et 2024 a comprimé les marges des promoteurs et réduit la capacité d’emprunt des acheteurs. Moins d’acheteurs = moins de ventes = moins de sorties de projet.
3. Des critères de sélection trop laxistes avant 2022
La période faste 2018-2022 a incité certaines plateformes à financer des promoteurs peu capitalisés, sans fonds propres suffisants. Le moindre retard a suffi à faire s’effondrer ces structures fragiles. C’est là que se concentrent l’essentiel des défauts.
4. L’envolée des coûts de construction
Matériaux, main d’œuvre et normes RE2020 ont renchéri les coûts de construction de 20 à 30% en quelques années. Beaucoup de projets financés sur la base des prix 2020-2021 sont devenus non rentables à la livraison.
Les plateformes qui ont fermé ou eu des problèmes majeurs
Koregraf : liquidation judiciaire (avril 2025)
Koregraf était l’un des pionniers du secteur, fondé en 2014. Sa liquidation judiciaire a été prononcée le 22 avril 2025, et son agrément AMF retiré le 8 septembre 2025. 160 M€ d’encours sur 198 projets se retrouvent en suspens, dont la moitié jugée non-viable. C’est le cas le plus dramatique du secteur.
WeShareBonds : cessation d’activité (décembre 2024)
La plateforme a annoncé sa cessation d’activité en décembre 2024, laissant les investisseurs dans l’incertitude sur leurs projets en cours.
WiSEED : redressement judiciaire, puis reprise
WiSEED a traversé un redressement judiciaire avant d’être repris par le groupe Advenis fin 2025. La plateforme continue de gérer le recouvrement des projets anciens.
Quelles plateformes sont encore solides en 2026 ?
Les plateformes considérées comme solides en 2026, avec un track record post-2023 propre et une transparence sur leurs taux de retard :
- La Première Brique — taux de défaut parmi les plus bas du secteur (8,67%)
- Fundimmo — filiale de Foncière Atland, structure financière solide
- Homunity — l’un des plus anciens, géré prudemment
- ClubFunding — focus clubs deals, clientèle professionnelle
- Anaxago — diversifié (immobilier + venture), sélectif
- Raizers — acteur européen
- Bricks.co — modèle innovant (parts de biens)
Le critère clé à vérifier : l’agrément PSFP (Prestataire de Services de Financement Participatif), obligatoire depuis la réglementation européenne. Toute plateforme sans cet agrément opère dans l’illégalité depuis fin 2023.
Le crowdfunding immobilier en 2026 : quelles perspectives ?
Les analystes voient une stabilisation progressive se dessiner :
- La baisse des taux directeurs de la BCE fluidifie les remboursements des projets récents et relance timidement la demande immobilière
- La sélectivité accrue des plateformes : les survivants financent désormais moins de projets, mais mieux sélectionnés (garanties hypothécaires, opérateurs capitalisés)
- Le taux de défaut devrait revenir entre 4% et 7% d’ici fin 2026, contre 18% au pic de la crise
- Les rendements restent attractifs (10-11% brut) pour compenser le risque
Ce que dit Cyril Jarnias, analyste patrimoine : « Pour un épargnant qui dispose déjà d’une base solide (livrets, assurance-vie, SCPI) et qui accepte de pouvoir perdre sur quelques dossiers, le crowdfunding immobilier reste une brique pertinente de diversification. »
Faut-il encore investir en crowdfunding immobilier en 2026 ?
Le crowdfunding immobilier n’est pas un placement de bon père de famille — c’est un investissement en capital risque sur de la dette privée. Voici ce que recommandent les experts :
- Limiter l’exposition à 10-20% maximum de votre capital total investi
- Éviter les projets des millésimes 2020-2022, les plus exposés aux défauts
- Diversifier sur au moins 10-20 projets pour lisser le risque de défaut
- Privilégier les plateformes PSFP avec un track record solide post-2023
- Vérifier le taux de retard réel de la plateforme (pas juste le taux de défaut)
À noter : le crowdfunding dans les énergies renouvelables résiste bien mieux — taux de défaut inférieur à 2%, rendement moyen de 7,7% brut — et constitue une alternative moins risquée pour ceux qui veulent du rendement supérieur au livret A.
Ce qu’il faut retenir
Le crowdfunding immobilier n’est pas mort, mais il a mué. Le secteur de la croissance facile et des remboursements systématiques est terminé. Il reste un outil de diversification pertinent pour les investisseurs avertis, avec une petite fraction de leur patrimoine, sur des plateformes solides et des projets post-2023.
Si vous avez de l’argent bloqué sur une plateforme en difficulté, consultez notre article sur les défauts en crowdfunding immobilier pour connaître vos recours.
FAQ — Crowdfunding immobilier en 2026
Le crowdfunding immobilier est-il vraiment mort en France ?
Non, mais le secteur a subi une forte consolidation. Après les défauts en cascade de 2023-2024, plusieurs plateformes ont fermé ou fusionné. Les survivantes (La Première Brique, Bricks, Tokimo) se sont renforcées et affichent des taux de défaut maîtrisés. Le modèle existe, mais il est plus sélectif.
Combien de plateformes de crowdfunding immobilier ont fermé en France ?
Entre 2022 et 2025, une dizaine de plateformes ont cessé leur activité ou ont été absorbées, dont Fundimmo, Homunity (rachat) et plusieurs acteurs régionaux. Le nombre de plateformes actives est passé d’environ 40 à moins de 20.
Que faire si j’ai de l’argent bloqué sur une plateforme en difficulté ?
Inscrivez-vous sur le registre des créanciers dès que la procédure collective est ouverte. Contactez l’Autorité des marchés financiers (AMF) et vérifiez si la plateforme disposait d’un agrément PSFP. Les chances de récupérer son capital dépendent de l’avancement des projets sous-jacents.
Peut-on encore faire confiance au crowdfunding immobilier ?
Oui, à condition de choisir des plateformes agréées PSFP par l’AMF, de diversifier sur plusieurs projets, et de ne pas dépasser 5-10 % de votre patrimoine. Les rendements de 8-10 % annoncés reflètent un risque réel qu’il faut intégrer dans sa stratégie.